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Please, forgive us our mistakes [Shin Aki]

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Yoon Mi Ran
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MessageSujet: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 2 Mar - 14:44

Citation :

Please
Forgive us our mistakes




Shin Aki & Yoon Miran.

3 avril 2049 - 3 heures du matin.
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Yoon Mi Ran
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 2 Mar - 15:11

Miran avait déjà entendu dire plusieurs personnes que les rêves étaient le dernier refuge des hommes. Étant donné son caractère, sa personnalité et sa vie, on aurait pu croire qu'elle ne rêvait pas vraiment, ou que ses rêves n'étaient que des films usés, en noir et blanc, reflets de son quotidien, ou même qu'elles ne faisaient que des cauchemars. Mais en vérité, les seuls cauchemars qu'elle faisait concernaient le centre de recherches Lachesis où elle avait été enfermée plus jeune. Et en dehors de ça, elle rêvait, et ses rêves étaient même parfois totalement heureux. Du moins une idée qu'elle se faisait du bonheur. Et pour l'heure, elle rêvait de gens qu'elle ne connaissait pas, et de leur vie sans histoire qu'elle ne connaîtrait jamais, dans un environnement qui n'existait plus dans ce pays ou en tout cas pas à sa connaissance. De vastes plaines d'herbe haute et verte qui lui arrivait à mi-cuisse et elle n'avait qu'à tendre la main pour la sentir lui caresser la paume ; une brise chaude et salée que lui soufflait un océan d'un bleu profond au visage et qui soulevait ses cheveux ; des gens qui couraient et riaient sans vraiment avoir de but. Témoin de cette scène, Miran savait qu'elle rêvait. Personne n'était maître de ses songes et elle ne comprendrait jamais comment elle pouvait rêver de telles choses sans les avoir jamais vues, sans les avoir jamais même désirées, sans aucune possibilité, elle le savait, de les vivre un jour. Et finalement, ce rêve coloré, sans queue ni tête et assez agréable s'acheva comme il avait commencé, brutalement et sans explication.

Miran ouvrit doucement les yeux. Elle aurait voulu vivre l'expérience contraire. Fermer les yeux sur un monde gris et froid et les rouvrir sur une explosion de couleurs. Mais les couleurs n'étaient que dans sa tête et la réalité était bel et bien celle qu'elle avait sous les yeux. La pénombre, et au-dessus d'elle, un mur gris et froid, comme les mur et le sol sur lequel elle était allongée, sur le dos, les mains jointes sur son ventre. La cellule était comme toutes les autres cellules de cette aile du complexe militaire. Une petite pièce sans fenêtre ni meubles, rien d'autre qu'une porte et une minuscule veilleuse qui diffusait dans toute la pièce une lueur morne et grise, à peine de quoi distinguer les visages. Ce n'était pas une cellule pour garder des Katharsis ou des criminels, destinée à accueillir des gens pour des durées interminables. C'était une cellule que Miran connaissait bien, comme n'importe quel Aegis un peu trop remuant. Une cellule de redressement, ou de discipline. Là où on les enfermait pour leur faire comprendre qu'ils avaient mal agi, le temps de décider de leur sort, ou simplement de leur donner une leçon. L'un dans l'autre, pas de quoi en faire un drame.

La jeune fille inspira doucement puis souffla tout aussi délicatement. Son esprit était bien réveillé mais son corps, lui, commençait à peine à sortir de sa torpeur. C'était fini. Au moins, il n'y avait plus de cette angoisse de tout à l'heure, quand elle attendait qu'ils reviennent la chercher. Mais ça n'était pas comme si elle avait été prise par surprise. Tout s'était passé exactement comme prévu. Aki et elle étaient revenus au QG, ils avaient fait leur rapport séparément. Elle ne savait pas ce qu'il avait raconté, mais le connaissant, il avait probablement essayer de déguiser la réalité. Elle avait dit les choses exactement comme elles s'étaient passé, sans essayer de minimiser son rôle à lui, mais sans dissimuler le sien. Elle ne l'avait pas revu depuis mais elle savait bien qu'il avait connu le même sort qu'elle. Elle avait désobéi, elle avait été punie. Elle n'avait pas cherché à comprendre les regards mauvais échangés par les militaires quand ils avaient appris que le témoin était encore en vie. Elle n'avait pas compris la véritable raison de cette punition, n'avait pas vu qu'en vérité, ils avaient peur, tous, que chaque Aegis qui désobéissait leur renvoyait au visage leur terreur de voir un jour leurs jouets leur échapper et les punir comme ils le méritaient. Voilà pourquoi ils réagissaient aussi mal à chaque fois.

Ça y'est, son corps se souvenait de ce que son esprit avait déjà gravé en lui : la douleur. Pour une fois, Miran était bien d'accord avec les militaires. En ce qui la concernait, la douleur était une bonne motivation pour obéir. C'était une leçon qu'elle retenait toujours, donc, ça fonctionnait, donc, elle ne remettait pas leurs méthodes en question. Si ça ne tenait qu'à elle, plus jamais elle ne ferait quoi que ce soit pour revivre ça. Mais c'était ce qu'elle se disait à chaque fois, et il y avait toujours quelque chose qu'elle faisait qui ne leur plaisait pas, à croire qu'en vérité, ils ne cherchaient que des prétextes. Les frapper, les souiller, les briser, pour que jamais ils ne cherchent plus à se rebeller. Miran détacha ses main l'une de l'autre et fit doucement remonter sa main droite le long de son bras gauche jusqu'à son cou, là où une aiguille avait percé sa peau pâle plusieurs fois au cours des dernières heures. Cela lui avait rappelé le centre de recherches. Elle sentit son corps se mettre à trembler sans pouvoir l'arrêter. Les blessures de l'âme étaient plus difficiles à oublier que celles du corps.

Puis elle tourna la tête sur le côté et vit alors qu'elle n'était plus seule. Une silhouette était assise contre le mur, enfin, avachie plutôt. Même dans la pénombre, elle l'aurait reconnu.

« Aki... »
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Shin Aki
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 2 Mar - 16:00

La tête baissée, ma voix qui répète toujours la même chose. Je suis celui qui a pris la décision. Celui qui a menacé, celui qui s’est injurié, celui qui l’empêcha de faire. Je suis le seul et l’unique fautif. Je répète comme une bande son qui fonctionne mal et qui se répète en boucle. Je peux entendre la voix froide et en colère de mon supérieur. Je peux voir son poing qui s’écrase sur son bureau. Je l’entends me dire combien mon père serait déçu. Mais mon père fut le pire des salauds. Bien sûr qu’il serait déçu. Il a su abandonner mon frère jumeau qui était plus jeune que le gamin, alors c’est normal qu’il serait en colère que je n’ai pas tué l’enfant. Mais mon père est mort. Et l’influence qu’il avait sur moi à disparue en même temps que son dernier souffle. Je les entends me dire que j’ai fait une grave erreur. Que faire disparaître le corps d’un gosse, ça devait être encore plus facile que celui de son père. Techniquement parlant, ils n’avaient pas tort. Mais psychologiquement parlant, ils avaient tout faux. Je peux les entendre me dire que des punitions vont venir en conséquence. Qu’ils faisaient cela pour mon bien. Que mon père n’était plus là pour minimiser l’erreur. Que lui-même aurait agit ainsi. Que tout est de ma faute. Que je suis celui qui a causé ce résultat. Celui qui a voulu de cette conclusion. Mais ils ont tort. Et le regard remplis de colère que je relève vers eux leur fait peur. Je sais que ce regard ressemble à celui de mon père. Ce genre de regard qui conserve le silence mais qui permet de dire que je ne suis pas d’accord. Je sais que je joue gros à afficher un tel regard. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas les laisser parler ainsi. Laisser vivre un enfant ce n’est pas mal.

Les heures qui ont suivies furent horribles. Dans les pays civilisés, on appelle ça de la torture. Dans les pays comme le notre, on appelle ça une punition. La différence ? Aucune. Le but reste le même : briser plus qu’un corps, un esprit. Détruire une âme pour pouvoir la remodeler selon son envie. Pendant ces heures, mon esprit s’est réfugié dans le monde de mon passé. Ce passé où j’avais encore un frère. Du temps où l’insouciance régnait dans mon esprit. On ne pensait pas à ce qui ce passait autours de nous. On ignorait que le monde allait si mal. On savait bien que quelque chose n’allait pas, mais on arrivait pas à y mettre le doigt dessus. Et sincèrement, on s’en foutait un peu. Parce qu’on était que des gamins. Des gamins qui ont vite été ramenés à la réalité. Mon frère fut abandonné par un père avide de pouvoir et moi, on m’a fait croire à sa mort. Lentement, la vie s’effritait mais sans vraiment se détruire. Mes espacements mentaux étaient souvent coupés par une douleur trop forte qui avait pour but de me ramener à la réalité. Les voix qui ne cessaient de répéter mon erreur avaient pour but de me faire comprendre et de me faire assimiler ma bêtise passée. J’aurai pu me briser depuis longtemps, depuis le premier coup mais je n’en ai rien fait. Si je le faisais, je deviendrai comme Mi Ran. Et tout ce que j’avais crié à son égard n’aurait plus aucune valeur. Et je préfère garder le silence que de les faire gagner au jeu de la douleur.

Je ne sais pas quand mon esprit à juger que la douleur était trop grande à supporter. Je ne sais pas quand mon esprit a prit la décision de me faire sombrer dans les abysses de ma mémoire. Mais, ce fut une erreur. Une erreur terrible. Rêvant plus de cauchemars que de rêves, mon moment de répit fut une suite logique à leur torture. Je revoyais mon frère tuer mon père. Je revoyais le moment où mon père m’emmenait à la voiture sans mon frère. Je revoyais le moment où j’ai retiré la vie pour la première fois. Je revoyais les visages de tous ces gens à qui j’avais supprimé la chance de vivre un peu plus. J’entends les cris lors de leur mise à mort. J’entendais leur supplice les minutes précédents l’acte. Je revoyais le moment où Taejun avait utilisé son pouvoir sur moi. Comment les voix des morts m’avaient hanté jusqu’à m’en faire perdre l’esprit. Et leurs cris hantaient ma tête. Leurs cris arpentaient mon sommeil jusqu’à mon réveil. Soudain et douloureux. Mon corps ressemblait plus à une poupée désarticulée et jeté négligemment contre un mur qu’à autre chose. J’ai bien tenté de me redresser mais c’était inutile. Autant tirer sur toutes les coupures qu’ils avaient pris plaisir à faire. J’ai préféré réinstallé légèrement mon dos contre le mur et ne plus faire un seul mouvement. J’étais un gâchis complet. Une loque qui n’arrivait même pas à bouger un bras. Soudain, une voix me tira de mes pensées et je pu voir le corps de Mi Ran. Et mon cœur se brisa. On pouvait bien me découper avec un scalpel, m’électrocuter à outrance et autres mais la pire des tortures pour moi restait de voir les personnes qui me sont chères blessées. Mais chez Mi Ran, c’était pire. Pire parce que son regard semblait si résigné à ce genre de traitement. Mais, à cet instant précis, ça ne me mettait plus hors de moi. Non, ça faisait germer un sentiment de culpabilité immense. Un de ceux qui vous sert le cœur jusqu’à son dernier battement.

« Je suis désolé… Miran, je suis désolé… »
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Yoon Mi Ran
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 2 Mar - 20:22

Miran regarda Aki un long moment avant de réaliser que c'était bien lui qui était là. Pourquoi est-ce qu'ils se retrouvaient dans la même cellule, elle n'en savait rien. Ce n'était pas la place qui manquait, ici. Peut-être voulaient-ils qu'ainsi, ils se sentent encore plus misérables. Parce que quelque part, Miran n'apprécia pas du tout se retrouver ici avec Aki dans cet état. Elle n'aima pas le voir, immobile, le regard brillant dans la pénombre, incapable de bouger un muscle. Et elle n'aima pas que lui puisse la voir ainsi. Elle se fichait bien de paraître faible à ses yeux : il le savait déjà, tout le monde le savait et elle la première, et ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Non, ce qu'elle n'aimait pas, c'était qu'il la voit ainsi et qu'il s'en veuille, parce que c'était forcément ce qui allait arriver. Et bien sûr, une fois qu'un silence lourd se fut installé, Aki finit par parler, pour s'excuser. Miran ferma les yeux et tourna le visage de l'autre côté, vers le mur. Elle avait appris il y avait longtemps qu'être désolé ne servait pas à grand-chose. Enfin, peut-être que cela soulageait la conscience de ceux qui s'excusaient, et peut-être que ça avait de la valeur pour certains qui recevaient ces excuses. Mais elle, elle avait cessé depuis longtemps de s'excuser. Combien de fois, enfant, elle avait été battue et punie, combien de fois elle avait levé les mains devant son visage pour se protéger en hurlant qu'elle était désolée, qu'elle s'excusait pour une faute dont elle n'avait en fait même pas connaissance, ne comprenant pas ce qu'elle avait fait de mal mais s'excusant quand même, comme s'il s'agissait là de mots magiques qui pouvaient tout arranger... Aki pouvait toujours s'excuser auprès de l'enfant dont il avait tué le père, qu'est-ce que ça changerait ?

Elle ne lui en voulait pas, mais elle ne voulait pas de ses excuses. Elle considérait qu'il se faisait du mal ainsi, qu'en s'excusant, c'était comme s'il avouait qu'il aurait pu faire autrement, qu'il avait eu le choix et qu'il avait fait le mauvais alors qu'ils savaient tous les deux que le choix n'avait été qu'illusoire. Pour Aki, ça n'avait jamais été : tuer ou laisser vivre l'enfant. Dans son esprit, à aucun moment, il n'avait été question de le tuer. Il avait fait la seule chose qu'il pouvait faire, et il n'y avait rien à regretter. Elle préférait encore qu'il campe sur ses positions, qu'il affirme haut et fort ses opinions, comme toujours, plutôt que ça, sinon, tout perdait son sens.

« Pourquoi est-ce que tu serais désolé ? Tu ne m'as pas forcée à laisser l'enfant s'enfuir. »

Elle tourna de nouveau le visage vers lui et sentit le sol sous elle tanguer. Il fallait qu'elle arrête d'agiter la tête comme ça. Elle ajouta, plantant son regard dans celui du jeune homme et d'une froid froide et morne :

« Si j'avais voulu le tuer, j'aurais pu le faire cent fois. »

Et c'était bien vrai. Alors, elle était aussi fautive que lui. Elle reposa ses mains sur son ventre, à où quelques temps plus tôt, les bottes ferrées des militaires s'étaient écrasées avec violence. Elle sentait un goût métallique dans sa bouche, celui du sang sûrement. Elle tenta un sourire, en se disant que c'était le bon moment.

« C'est fini maintenant. Tu vois, comme je l'avais dit. On va pouvoir bientôt rentrer chez nous. »

Et recommencer. Partir en mission, tuer des inconnus, revenir à la base, repartir, espionner, dénoncer. Le coté rassurant et familier du quotidien, et elle pourrait oublier ce dérapage. Elle avait failli dire à Aki qu'il avait eu tort et qu'elle avait eu raison mais en vérité ça n'était pas vraiment cela qu'elle pensait. Elle avait du mal à exprimer avec des mots l'impression que toute cette histoire avait laissée chez elle.

« Je pense qu'ils ont envoyé quelqu'un d'autre finir le travail. Mais je pense que les Katharsis seront déjà partis avec l'enfant. Tout va bien. »

Exactement comme quand son père à elle avait disparu. Des Katharsis l'avaient prise avec eux. Ils l'avaient trimballée et utilisée de la même façon que le faisaient aujourd'hui les Lachesis et l'armée, mais ils l'avaient sauvée malgré tout. Et elle voulait qu'Aki cesse d'avoir des regrets, se fichant bien de savoir s'ils étaient écoutés ou pas.
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Shin Aki
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 2 Mar - 21:04

Son visage se tourne et évite mes yeux. Il n’y a rien à dire. Il n’y aurait pas d’excuses à faire. Nous avions convenue de cette issus. Nous savions tous les deux que cela allait arriver. Nous savions que nous ne partions pour une partie de plaisir. Mais dans ce jeu sadique, il y a bien une chose que je n’avais pas prévu : a voir de suite après. J’avais espéré la voir plus tard. Le temps que sa douleur et que ses blessures s’estompent. Le temps que mon esprit assume l’égoïste que dont j’avais fait preuve. Le temps que j’accepte ce que j’avais fait et pourquoi je l’avais fait. Pourquoi ? Parce que ça me tuait que d’imaginer tuer un enfant après avoir finis son père. Parce qu’enlever la vie à gosse, c’était plus fort que tout. J’aurai pu laisser Miran le faire. J’aurai pu la laisser prendre la relève. Mais mon cœur et mon âme me criaient de ne pas le faire. Et malgré le spectacle du corps de mon amie allongée plus loin, je sais que je referai la même chose. J’agirai de la même manière. Je lui dirai encore d’arrêter. De laisser l’enfant en vie. Je l’empêcherai à nouveau d’agir. Le pire, c’est que malgré nos corps douloureux et le spectacle désolant que j’avais sous mes yeux, je ne changerai pas d’avis. Et je m’excusais auprès de Miran pour tout cela. Pour qui j’étais. Pour le piètre compagnon d’infortune que je représentais. Pour la folie que je lui avais fait faire. Je l’avais convaincu. J’avais tout fait pour. Je l’entends parler. Je l’entends me dire que je ne l’ai pas forcé. Oui, elle aurait pu le faire cent fois. Mais elle m’aurait entendu lui crier de ne pas le faire cent fois. Et j’aurai sûrement utilisé la force pour l’empêcher de le faire cent fois. Et je m’en voulais de penser ainsi. Parce que, par cent fois, je l’aurai volontairement condamné à ce destin. Je l’entends dire que ça y est, c’était fini. Bientôt, nous rentrerons chez nous. Je l’entends dire que quelqu’un avait du être envoyé pour finir le travail. Et je baisse la tête. Je l’entends dire que l’enfant devait déjà être en sûreté avec les Katharsis. Je l’entends dire que tout va bien. Mais rien ne va.

« Je t’aurai empêché de le faire Miran. Tu le sais. Je ne t’aurai pas laissé faire. » Mes cheveux cachent mes yeux et mon regard observe mes jambes. Mes cuisses sont sanglantes et ça me désole. Pensent-ils que je vais être capable de retourner en mission rapidement avec ça ? Ah, mon pouvoir sera toujours utile. Il leur suffira de ramener le Katharsis ici. « Je sais que tu aurais pu le faire. Mais c’est parce que j’étais là que tu ne l’as pas fait. On fait une piètre équipe par ma faute… »

Un brin de rire s’échappe de ma gorge sur mes dernières paroles. Il n’y a rien de drôle. C’est plus l’ironie qui s’empare de moi. Je préfère rire que de pleurer de cette situation. De cette situation où le caprice de l’un à amené deux personnes à être puni. Je tente lentement de faire bouger ma main droite. J’articule lentement mes doigts avant de faire de même avec le poignet. C’est une torture que de bouger chaque centimètre de peau de moi-même. Mais je continue. Jusqu’à obtenir mon bras valide à nouveau. Et je me penche sur le sol et je me tire lentement vers elle. Je crois que si quelqu’un aurait pris le temps de chronométrer, il m’a bien fallut cinq minutes pleines. Cinq minutes où je serre les dents pour ne pas gémir. Avant d’arriver à côté de Miran et de me coucher à moins d’un mètre d’elle. Sans pour autant la toucher. Juste à côté d’elle. Juste allongé côte à côte. Comme deux âmes perdues. Ou pas. Miran semblait plutôt bien encaisser la situation contrairement à moi. Elle semblait m’aider et me soutenir. Les rôles s’inversaient. Je soupire lentement quand je pose définitivement ma tête sur le sol et je ferme les yeux.

« Tu as mal ? » Question stupide. Mais, parfois, le dire soulage. J’aurai aimé avoir un don de guérison pour l’aider à aller mieux. Mais le mien n’était que destruction. « Ils t’ont fait quoi Miran ? »

Que lui ont-ils fait semble être une question encore plus stupide que la précédente pourtant, je veux savoir et je veux comprendre. Je veux savoir à quel point son corps est brisé. Je veux juste qu’elle parle. Je veux juste entendre sa voix. Je ne sais pas pourquoi ils ont décidé de nous mettre ensembles dans cette cellule. Ce n’est certainement pas un acte destiné à nous faire plaisir. C’est tout le contraire. Les Aegis ont une foutue fierté. Cette fierté qui fait que se retrouver dans cette situation est gênante. Mais je ne veux pas qu’ils gagnent. Je ne veux pas sortir perdant de leur jeu malsain. Alors, je me rapproche et je parle avec Miran. Ils ne gagneront pas. Pas avec nous. Jamais.
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Yoon Mi Ran
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 2 Mar - 22:37

Il peut bien dire ce qu'il veut, Miran restait pragmatique et terre à terre. Combien de secondes lui aurait-il fallu pour briser la petite nuque fragile ? Ou lui enfoncer son couteau dans la gorge ? Avant même que Shin ne la rejoigne dans la pièce, pendant qu'il s'occupait du père, elle aurait pu, elle aurait dû tuer l'enfant. Et même quand il était apparu sur le pas de la porte, elle lui avait parlé, et elle l'avait laissé parlé, alors qu'elle aurait cent fois pu tuer l'enfant. Mais elle ne l'avait pas fait, du moins elle avait essayé, mais sans grande conviction. Elle ne s'était pas opposé à Aki comme elle aurait pu, elle s'était laissée convaincre ensuite, bref, tout ça... Si elle avait voulu, elle l'aurait tué dix fois, ce gosse. Et la seule chose dont Aki pouvait s'accuser, c'était qu'à force de toujours lui répéter les mêmes choses, il avait fini part instiller quelque chose en elle. Elle ne savait pas encore ce que c'était, du doute, de la pitié, un semblant d'indépendance... en tout cas, c'était ce quelque chose qui lui avait fait perdre du temps, qui l'avait fait parler, et au final rendre les armes. Mais, concrètement parlant, elle aurait pu tuer l'enfant dix fois, et elle ne l'avait pas fait. Alors à ses yeux, c'était inutile qu'en plus du reste, Aki s'en veuille pour ça.

Miran haussa les épaules, un mouvement qui déclencha un éclair de douleur dans sa nuque et dans sa tête. Pas si piètre que ça. Il avait tout de même éliminé la cible. Le reste n'était que dommages collatéraux. Et de toute façon le pouvoir d'Aki comme le sien étaient bien trop précieux pour que les militaires cessent de se servir d'eux. Malgré leur volonté de les briser, de vouloir leur faire comprendre qu'ils n'étaient rien, en vérité, ils avaient besoin d'eux. Bien sûr à présent, elle regrettait de ne pas avoir tué l'enfant, ça lui aurait évité ce qui avait suivi. Une fois encore, ils étaient arrivés à leurs fins, elle retenait cette dure leçon et se promettait déjà que la prochaine fois, elle agirait froidement et sans réfléchir. Mais encore une fois, elle n'y voyait là que les conséquences de ses choix à elle. Peut-être bien qu'Aki l'avait influencée, mais ultimement, c'était elle qui tenait l'arme et l'enfant et qui n'avait rien fait.

Elle sentit qu'Aki bougeait et le regarda se déplacer millimètre après millimètre pour finalement venir s'allonger à côté d'elle. On lui avait déjà dit que c'était plus facile de souffrir à deux mais elle n'était pas d'accord. Elle avait l'impression en plus de la sienne de sentir la douleur de son ami. Qui donc pouvait bien trouver du réconfort dans la souffrance d'un être aimé ? Elle ne comprenait pas et ne comprendrait sûrement jamais. Puis la voix d'Aki s'éleva dans le silence, et sa question sembla résonner dans la cellule aux murs gris et froids. Que lui avaient-ils fait ? Miran ferma les yeux, retenant son souffle. Il n'y avait rien. Que des images, des flashes. Des mains qui s'emparent d'elle, des couples qui pleuvent, la sensation de sangles autour de ses poignets et de ses chevilles, cette chose qu'elle déteste le plus au monde - être attachée, retenue, entravée. Plus que la douleur, plus que la torture physique, il y avait la torture psychologique, la façon qu'ils avaient de la connaître par cœur, de réveiller en elle ses terreurs les plus primitives. Être attachée, voir des seringues percer sa peau, sentir un produit étranger remonter chacune de ses veines et mettre chacun de ses nerfs au supplice, le feu, le froid, tout ça à la fois. A côté de ça, les coups n'étaient rien. Elle préférait cent fois se faire battre tous les jours que revivre ces moments, qui lui rappelaient trop le centre de recherches scientifiques des Lachesis.

Elle se remit enfin à respirer, contrainte et forcée, et réalisa qu'elle tremblait, de tout son corps. Elle posa les mains sur son visage.

« Je ne veux pas te le dire. Tu le sais, de toute façon. Ils t'ont fait la même chose. Non ? »

Sa voix était loin d'être assurée. Voilà, des émotions. Elle qui rêvait toujours de s'exprimer un peu plus, voilà qu'elle le faisait sans pouvoir le contrôler. Et puis elle savait qu'elle mentait, au moins un peu. Oui, ils les connaissaient, tous, chaque Aegis sous leurs ordres. Ils avaient des dossiers, des centaines et des centaines de données sur chacun de leurs soldats, et savaient tout à fait quels leviers déplacer, quelle peur utiliser, quelle douleur infliger à chacun pour obtenir le meilleur résultat. Sourd aux gémissements de douleur. Aveugles aux larmes.

Miran laissa échapper un sanglot, totalement indépendant de sa volonté. Mais c'était trop tard, elle avait tout fait pour ne pas y penser et passer à autre chose, puisque tout cela était normal, mais voilà qu'elle se retrouvait enfermée dans ce cercle vicieux, et soudain cette partie d'elle qui avait toujours été brisée, dès le début, prit la parole :

« Je n'en peux plus de ça. Je ne veux pas revivre ça encore. Je préfère mourir. »

Elle pressa ses mains sur ses yeux, tentant de ravaler ses larmes, de ravaler ses mots, de calmer ses tremblements. Si c'était pour ressentir cela, elle préférait encore être la Miran habituelle, celle qui ne ressentait rien.
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Shin Aki
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Dim 3 Mar - 16:59

Peut-être que c’était cruel de ma part que de demander à Miran ce qui était arrivé. Ce que les monstres de nos supérieurs avaient pris plaisir à lui faire. Je ne voulais pas la faire souffrir. Mais, raconter ce qui était arrivé, c’était comme revivre une seconde fois la douleur et l’humiliation. La frustration et la souffrance. La tristesse et le désespoir. C’était ouvrir à nouveau vos plaies. Vous rappeler combien elles furent cuisantes lors de leurs applications. C’était vous rappeler tous ces mauvais souvenirs. Se rappeler les différents objets qu’ils avaient utilisés et les paroles dégradantes qu’ils vous avaient craché au visage. Quelle folie m’était passée par la tête pour lui demander cela ? Je voulais savoir comment elle allait. Non pas son corps. Il me suffisait de l’observer une seconde pour comprendre. Pour comprendre que son corps n’allait pas. Qu’il était plus qu’endolori. Pour comprendre que son corps n’allait pas bien. Mais elle, son âme, son esprit comment allaient-ils ? Comment se sentait-elle ? Comment vivait-elle cette épreuve qu’elle aurait pu éviter ? C’était ça que je voulais savoir. Et c’était un mélange d’égoïsme et d’inquiétude qui m’avait poussé à lui poser la question. À lui demander pour qu’elle s’écroule ici et avec moi plutôt qu’avec nos supérieurs. J’étais peut-être un salaud de lui avoir demandé, un enfoiré qui ne mesurait pas le poids de ses mots, mais c’était une nécessité. Je ne voulais pas qu’elle s’effondre. Je ne m’attendais même pas à ce résultat. Mais, si elle devait le faire, je préférai que ce soit en compagnie d’une personne qui n’avait pas encore perdu son âme.

Non, ils ne m’avaient pas fait la même chose. À chaque mutant sa torture personnalisé. C’est étrange à dire comme ça, mais c’est totalement vrai. Ils prenaient un malin plaisir à trouver les faiblesses physiques et psychologiques de chacun pour mieux les casser et les brises. Pas pour les faire plier comme un roseau mais pour les briser et chuter comme le fier et grand chêne. Leur sadisme réside dans leur manière de réfléchir à la meilleure solution pour votre perte. Le meilleur choix pour votre pénible décente aux enfers. Miran devait avoir subit son propre enfer. Il suffisait de regarder nos deux corps : détruit de différentes manières. Elle ne semblait pas avoir subit les lacérations au scalpel que ma peau a subit. Sa punition devait être totalement différente de la mienne. À chacun ses peurs, ses phobies et ses craintes. Et je peux entendre sa voix se briser. La voix de cette femme qui n’a jamais flanché devant moi. De cette fille qui a toujours garder la tête haute. Et les paroles qu’elle prononce me brise un peu plus. Ce qu’elle dit renforce ma haine et ma colère contre ce régime qui n’a ni compassion ni raison. La mort n’est pas une solution vous dirons certains, mais je peux vous dire que dans le cas de Miran ou même peut-être le mien, c’est une merveilleuse fin. Plus qu’un happy end qui vous ouvrirez les yeux sur tout ce que vous avez raté et tout ce dont on vous a privé.

« La prochaine fois, nous ne ferons pas cela Miran. La prochaine fois, je t’éviterai ça. »

Je ne sais pas si nous aurons une prochaine mission ensemble. Mais si cela arrive, je ferai tout pour que ce genre d’accident n’arrive pas. Jamais je n’aurai la force ni la volonté de voir un enfant se faire tuer. Cependant, la prochaine fois, je tuerai plus vite et nous vérifierons mieux les risques d’imprévues. Je ne peux pas lui promettre que nous tuerons un enfant. Je ne pourrais jamais le lui promettre. Mais je ferai tout pour l’éviter. Enfin… Encore faut-il que l’on nous confi à nouveau une mission ensemble. Ma main se déplace lentement pour prendre la sienne. Nos mains sont sales. Remplis de poussière ou de sang, de crasse ou de larme. Mais je ne m’en soucis pas. J’amène mes doigts vers les siens et je les entrelace. C’est bien la seule chose que je peux faire. Qu’importe la misère que l’on représente, mon corps ne pourrait se coller contre le sien comme je l’avais fait durant la mission. Cela serait bien trop douloureux. Alors je prends juste sa main. Que pourrai-je lui dire ? La mort n’est pas une solution ? Foutaise. C’est la plus belle des solutions dans ce monde. Que se tuer reviendrait à les faire gagner ? C’est faux. Se tuer reviendrait à leur faire perdre une arme. Si tous les Aegis utilisés par l’armée et le gouvernement décidaient de mettre fin à leur jour, les Katharsis n’auraient plus de problème à obtenir le pouvoir et la liberté. Mais, personne ne viendra à exécuter ce suicide de masse. Personne n’est assez fou pour mettre fin à ses jours pour une liberté à laquelle il ne goutera jamais.

« Pas de suite Miran. Plus tard, notre heure viendra. Mais pas maintenant.»

C’était égoïste de lui dire cela. Mais quelque part, Miran était l’une des rares Aegis à qui je faisais suffisamment confiance pour avoir un brin de liberté avec. Je n’avais pas forcément besoin de surveiller mes propos et mes gestes avec elle. J’étais juste moi-même. Et je ne voulais pas perdre cette amie d’infortune. C’était cruel et personnaliste. Je lui demandais de continuer de souffrir encore un peu pour que je ne sois pas seul. Pas seul dans cette armée, pas seul près de ce gouvernement, pas seul simplement. Elle était une amie d’infortune avec qui je pouvais rire et crier pour des raisons que je pensais juste. Et elle m’écoutait toujours. Et jamais elle ne répétait. La perdre, serait comme perdre une des rares personnes qui avaient de l’importance à mes yeux. Elle n’était pas totalement comme moi mais elle était similaire. Et j’avais besoin de similarité. De quelqu’un qui me ressemblait suffisamment pour me dire que je n’étais pas seul. Et pour ça, je devenais égoïste. Un horrible égoïste.
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Yoon Mi Ran
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Dim 3 Mar - 19:20

La prochaine fois... parce qu'il y aurait forcément une prochaine, fois bien sûr. Elle-même n'était pas assez aveugle pour ne pas le comprendre. En admettant qu'à partir de ce jour et jusqu'à sa mort, Miran se comporte exactement de la façon dont on attendait d'elle, en admettant qu'elle obéisse à tous les ordres, sans hésiter, sans se poser de questions, ça ne suffirait pas. Ça ne suffirait jamais, parce que les Aegis, non, les mutants en général faisaient peur. Le gouvernement, l'armée, ils avaient peur d'eux. Ils se servaient des Aegis comme d'une arme mais ils avaient conscience qu'ils jouaient avec le feu. Ça, et aussi le fait qu'à leurs yeux, les mutants n'étaient pas des êtres humains. Ils étaient le fruit d'une bizarrerie de la nature et de cataclysmes provoqués par l'homme, ils étaient une race différentes d'êtres vivants, et en cela, ils les craignaient, mais ils les méprisaient, aussi. Voilà pourquoi ils se fichaient bien de tuer des enfants. De traquer les Katharsis. Et de maltraiter les Aegis, qu'ils soient obéissants ou pas. Miran pouvait s'en rendre compte : ce qu'elle faisait ne suffirait jamais. Elle pouvait baisser les yeux, ployer les tête, s'écraser plus bas que terre, cela ne suffirait jamais. A leurs yeux, Aki et elle étaient les mêmes. Alors oui, il y aurait toujours des prochaines fois. Et oui, cette idée la remplissait d'angoisse et lui donnait envie de mourir, ici et maintenant. Comme à chaque fois. Et donc, elle ne voyait pas ce qu'Aki pourrait y faire à l'avenir. Ah, mais oui, il pensait que c'était sa faute s'ils en étaient là aujourd'hui...

Elle sentit sa main s'emparer de la sienne et le laissa entremêler ses doigts aux siens. Elle reposa son autre main sur son ventre et laissa ses larmes couler silencieusement. Elle ne pensait pas être capable de pleurer autant en une seule fois, mais il faut dire que ça ne lui arrivait pas souvent. Elle aurait pu se laisser aller à rêver les paroles d'Aki. Se dire que la prochaine fois serait différente, alors qu'en vérité, tout n'était qu'un éternel recommencement dans ce monde, des ordres, une mission et des regrets. Elle aurait pu se mettre à parler comme lui, à rêver de liberté, pourquoi pas d'évasion ? Elle n'en avait jamais vu de ses yeux, mais il y avait toujours des histoires qui tournaient, d'Aegis ayant réussi à se soustraire à l'armée, à cette puce qui les marquait comme du bétail. Haewon s'était enfuie. Elle avait réussi, où qu'elle soit aujourd'hui. Elle s'était enfuie du centre de recherches, ce qui était un peu différent, mais ça prouvait que c'était possible. Cependant, c'était une réflexion dont Miran n'était pas capable. Rien que d'en parler était impossible - et si en plus ils étaient sur écoute ? Si on les avait mis ensemble pour vérifier que tous deux n'étaient pas en train de comploter ? Non, elle ne pouvait que se taire. Et puis, s'enfuir pour aller où ? Et faire quoi ? Non, elle ne pouvait que rester là et subir - ou mourir.

Mais Aki ne voulait pas qu'ils meurent. Pas aujourd'hui, en tout cas. Là encore, comme pour le reste, Miran n'avait pas vraiment d'opinion. Enfin, elle ne voulait pas particulièrement mourir - sauf en ce moment - mais elle ne voulait pas non plus particulièrement vivre. Du coup, elle se contentait d'être là et de se demander pourquoi. Et la mort ne lui faisait pas peur. Alors que la douleur, si, tellement plus ! Mais, elle n'irait jamais se tuer ou quelque chose comme ça. Et se laisser mourir, ça n'était pas si facile. Les militaires connaissaient leur métier. Ils savaient jusqu'où pousser la torture pour que leur victime souffre, mais ne meure pas, exactement comme à présent. Il n'y avait rien d'autre à faire que vivre, effectivement.

« Je ne sais rien faire d'autre, de toute façon. Si je n'étais pas une Aegis, je ne serais rien. »

En imaginant qu'elle en finisse avec sa vie ici, elle ne connaissait personne dans ce monde. Pas de maison où aller. Pas de métier à exercer. Les seules personnes qui savaient qu'elle existait étaient ici. Si elle les quittait, et si elle cessait d'être "l'arme des Lachesis", elle n'était plus rien. Elle n'aurait plus qu'à attendre que rien ne se passe. Voilà aussi pourquoi, malgré ce qu'on lui demandait de faire, et malgré ce qu'on lui faisait, elle s'y accrochait, parce que cela donnait un sens à sa vie.

« Je ne suis pas comme toi. Tu as bien un but dans ta vie, non ? Il y a des choses pour lesquelles tu dois rester en vie.

Elle savait qu'il menait ses propres batailles. S'il n'avait eu aucun but dans l'existence, il n'aurait pas pu être comme ça, toujours à s'opposer à l'autorité, à chercher à contourner les règles, sans jamais se désespérer. C'était pour ça aussi que d'une façon un peu tordue, elle l'aimait même quand il lui criait dessus. Le voir se battre, c'était un peu une raison pour elle de tenir bon aussi.
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Lun 4 Mar - 20:34

Ne pas être Aegis… Je connais la même peur qu’elle. La peur que le jour où vous arrêtez d’être un soldat, vous n’êtes plus rien. Aller vers les Katharsis ? Encore faut-il qu’ils aient confiance en vous et qu’ils vous acceptent. Et à mon humble avis, ce serait bien compliqué. Faire confiance à l’ennemi sous couvert qu’il vous dise qu’il a tout lâché. Vérité ou mensonge ? À moins de connaître un mutant capable de lire dans les pensées et de sonder dans les esprits, ils ne seront jamais sûrs de notre bonne foi. Et on ne peut pas leur reprocher. On ne peut pas leur en vouloir. Et même si cela arrive, si par miracle ils vous accordent leur confiance, je ne pense pas que cela soit bien facile. Il y en aura toujours qui n’auront pas confiance et qui vous le ferons savoir. Au final, la vie sera similaire, toujours prouver que l’on est obéissance et qu’on ne va rien faire de compromettant. Certes, c’est totalement différent, mais dans le fond, tellement similaire… Alors oui, j’étais comme Miran. L’idée même de ne plus être soldat ni d’être Aegis n’était pas réjouissante ni même envisageable. En même temps, cela me permettait de continuer mon double jeu et d’aider des mutants et des Katharsis quand l’occasion s’en présentait. Le plus souvent, personne n’était au courant et se rendait compte de ce que je faisais. Mais aujourd’hui, avec Miran, nous n’avons rien pu cacher. Et nous en avons subit les amers et douloureuses conséquences. On s’est fait punir et enfermer ici. Oh pas pour longtemps, on est bien trop utile pour qu’ils nous gardent ici dans nos états. Dans quelques heures ou jours, ils nous sortirons, nous soignerons et nous enverrons à nouveau en mission. Avec pleins de recommandation et de menace. Mais tant pis. Moi, je ne les suivrai que si je n’en ai pas le choix. Je les écouterai uniquement si je n’avais pas d’autre solution à ma portée. Je voulais conserver ce brin de liberté, et je continuerai jusqu’à ma fin. Qu’importe si cela me précipite au bord d’un gouffre sans fond. Qu’importe si le jour où je me ferai réellement attrapé, ils feront tout pour me briser. J’aurai au moins l’esprit plus serein et plus confient. J’aurai moins peur de m’abandonner aux coups et aux paroles. Je serai moins apeuré à l’idée d’être rééduqué par leur soin.

Un but dans la vie. Oui, j’en avais. Des faibles et à court terme. Je n’en avais pas réellement à long terme. Je m’imagine mort sur le long terme. Soyons réaliste, plus le temps passe et plus je blesse et tue des gens, plus je me fais d’ennemis. Plus je crée des personnes assoiffées de vengeance. Plus je me crée de probabilité d’être un jour tué sous la balle, la lame ou les mains de quelqu’un. Quelqu’un comme le gamin de la mission. Celui à qui je venais de retirer un père au nom de la politique de ce pays. Comment pouvait-il comprendre que son père fut tué pour avoir différentes idées de pensées et pour avoir aidé des gens qui n’étaient pas réellement le mal ? Comment peut-il accepter ou même pardonner un jour ? Il n’y a aucun moyen. Alors oui, dans dix ou vingt ans, il y aura sûrement un de ces gosses, de ces adolescents ou même de ces adultes qui viendra vers moi pour m’achever. Ainsi, je m’interdisais d’avoir des buts à long terme. Cela n’avait aucun sens. Aucun logique. Les seuls buts que j’avais, c’était retrouver mon frère et aider encore un peu ceux que je pouvais. C’était continuer d’avoir mes pensées et mes idées. Ce n’était pas grand chose, mais je sais que par rapport à Miran, c’est déjà beaucoup. Elle, elle n’a rien. Strictement rien. Rien à se raccrocher, rien à vouloir se saisir fortement et ne plus lâcher jusqu’à avoir les jointures blanches. Alors, oui, j’avais quelque chose à me raccrocher. Quelque chose qui me tenait suffisamment en vie pour me lever le matin.

« Je voudrai pouvoir te donner un but Miran. N’importe quoi qui fasse que le matin tu te lèves en faisant tout ce qui est en ton pouvoir pour le réaliser. C’est pour ça… » Ma gorge se noua un instant et mes yeux se fermèrent automatiquement. Reprenant ma respiration lentement, j’ai continué. « C’est pour ça que je continuerai ce que je fais. Je le fais pour nous. Tous ces Aegis qui n’en ont pas la possibilité. Pour qu’un jour, tu puisses toi aussi avoir des rêves. »

Je voulais qu’elle puisse rêver. Lui faire goûter à une vie sans grands soucis et sans peur. Une vie où elle pourrait faire ses choix. Une vie où elle ne craindrait pas les coups ni les cris. Une vie où juste vivre sa vie prendrait tout son sens. Je voulais cela pour bon nombre d’Aegis. De ces mutants à qui on avait retiré tout choix. C’est pour ça que si je pouvais éviter la case « proie de l’armée » à certains mutants ou Katharsis, je le faisais. Pour qu’ils ne deviennent pas comme Miran. Pour qu’ils puissent éviter de vivre sans rêve et sans but. Pour qu’ils continuent d’espérer. Ce monde avait besoin de rêveur pour ne pas tomber dans les mains du gouvernement.

« Mais, je ne suis pas un magicien Miran… Je peux bien t’hurler dessus, te faire des remarques et chipoter sur tes actions, je ne peux rien faire de plus que te remuer. Te secouer. Je voudrai faire plus. Pour toi et pour les autres mais je suis juste un mutant. Et finalement, je n’en aurai jamais le pouvoir. »

Mon père, aussi haut placé fut-il, n’a jamais pu me faire monter suffisamment les échelons assez rapidement pour que je puisse devenir une de ces personnes. Une de ces personnes qui auraient pu faire comme lui, faire des préférences. Mais au final, je serai devenu le même enfoiré que lui, profitant de ses privilèges pour les appliquer à ceux qu’il avait choisi.
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Lun 4 Mar - 22:58

Avoir un but... Miran n'était pas certaine que cela fasse une différence. On ne s'improvise pas héros, dans ce monde. On ne se levait pas un matin en ayant tout à coup la force et la volonté de se rebeller, de se battre, de défendre ses idéaux. Cela faisait des années qu'elle voyait Aki agir comme il le faisait. D'habitude, elle avait surtout de la peine pour lui. Elle continuait de croire qu'il se battait pour une cause perdue. Mais parfois, elle croyait le comprendre, discerner entre les ligne, déchirer le voile opaque qui pesait sur son esprit. Comme aujourd'hui, avec cet enfant. Mais voilà, c'était un combat sur la longue durée. Il avait ça dans le sang, ou bien il était habitué, ou bien il avait grandi dans la révolte. Elle avait très tôt tout abandonné, elle. Elle ne se souvenait même pas avoir une seule fois eu sa volonté propre. Ballotée à droite et à gauche par un père terrifié que l'armée mette la main sur sa fille, puis par des Katharsis persuadés qu'en tant que mutante elle allait automatiquement adhérer à leur cause, puis emmenée et dressée par les Lachesis et l'armée, et elle, dans tout ça ? A chaque fois, elle avait suivi le mouvement. Elle avait suivi son père sans rien dire, parce qu'il lui disait toujours de se taire de peur qu'elle se mette à parler comme un autre, bouger comme un autre. Suivi les Katharsis qui lui disait de faire ci ou ça. Et à présent elle suivait les ordres de l'armée parce qu'elle ne savait faire que ça, et qui suivrait-elle si elle n'était pas là, ici et maintenant ? Qui voudrait d'elle ? Aux yeux des humains, elle était un monstre, aux yeux des Katharsis, une traîtresse, au moins ici, elle servait à quelque chose. Elle était mal traitée, mais si on l'utilisait, ça prouvait bien qu'elle servait à quelque chose. Oui, aussi atroce que soit cet endroit, et ces gens, et ce qu'ils lui faisaient faire ou ce qu'ils lui faisaient subir, c'était ici sa maison à présent. Jusqu'à ce qu'un coup du sort l'envoie ailleurs. Mais c'était bien de cela qu'il s'agissait : un coup du sort. Elle ne ferait jamais rien de sa propre initiative.

Aki le savait bien, lui aussi, finalement. Il n'avait jamais cessé de la tirer, de la relever, de la secouer, d'essayer de la convaincre, mais en vérité, il savait bien qu'il parlait dans le vide. Elle se demandait pourquoi il continuait. D'ailleurs, il le lui dit : il ne pouvait pas faire grand-chose de plus pour elle. Elle voulait se sortir de son état d'apathie, voulait vraiment trouver la force, ou une raison, n'importe quoi pour sortir la tête hors de l'eau, et donner de l'espoir à Aki, lui faire plaisir, lui prouver qu'il ne faisait pas tout ça pour rien avec elle. Elle craignait tellement qu'il se lasse et qu'il l'abandonne... Mais il était fatigué, lui aussi. Il se battait pour lui, pour elle, pour cet enfant aujourd'hui, et pour d'autres encore... Comment n'aurait-il pas pu être fatigué ? De quel droit devait-elle lui demander de continuer à l'aider ? Elle entendait ses mots et sentait le désespoir qui s'y cachait. Elle se tourna doucement sur le flanc, glissant sa main libre sous sa joue pour atténuer le contact glacial du sol. Le mouvement lui donna de nouveau le vertige, elle entendit un cri, mais ça n'était qu'un écho, un souvenir des cris que quelqu'un avait poussé quelques heures plus tôt - elle, en vérité. Elle tremblait toujours, mais savait que cela durerait encore longtemps.

« Tu n'as pas besoin de me donner un but. Et tu n'as pas besoin de te battre à ma place. Je te l'ai dit, tout ira bien. Je ne suis pas malheureuse. Mais je le serai si tu t'épuises à vouloir en faire trop. »

Elle inspira doucement, puis expira, la gorge serrée. Que c'était pénible, ces émotions venues de nulle part qu'elle ne comprenait pas et qu'elle ne contrôlait pas. Elle avait l'impression que cela l'empêcher de parler, d'exprimer clairement ce qu'elle ressentait.

« Peut-être qu'un jour, il n'y aura plus de Lachesis, plus d'Aegis et plus de Katharsis. Peut-être qu'un jour on vivra dans ce genre de monde. Toi, tu seras heureux. Tu sauras que ton combat aura eu un sens. »

Elle se demandait bien ce que ça ferait, de vivre dans un tel monde. Un monde sans barrière, ou ils ne seraient pas catalogués. Où personne ne saurait qui est quoi ou qui et s'en ficherait. Où tout le monde se contenterait de vivre, tout simplement. Un peu comme ce monde dont son père lui parlait quand elle était petite, un monde où les mères ne mourraient pas en donnant naissance à leurs enfants. Miran n'arrivait pas à se trouver une place dans ce monde. Elle pouvait essayer de l'imaginer, de se construire une carte géante, de poser de petits personnages ici et là - Haewon serait libre, dans une jolie maison. Aki serait dans une grande ville, et aurait un travail. Li Mei et Taejun seraient toujours ensemble. Mais elle... mentalement, elle tenait la petite figurine qui la représentait et ne savait pas où la poser dans ce nouveau monde. Probablement qu'elle disparaîtrait en vérité, comme l'armée et le gouvernement, puisqu'elle était comme eux.

Elle serra la main d'Aki dans la sienne et renifla doucement dans le silence, un bruit bien pathétique. Elle l'observait dans la pénombre, ce beau visage d'ange pour cacher tous ces maux qu'il causait et qu'il subissait...

« Ne te décourage pas d'accord ? C'est normal de se sentir mal maintenant, mais ça ira mieux tout à l'heure. Alors ne cesse pas de te battre. »

Parce que s'il ne le faisait plus, qui le ferait ?
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Sam 9 Mar - 20:36

C’était pathétique. J’étais pathétique. Je continuais d’espérer, de me relever, d’avancer et de crier. Mais je n’arrivais que rarement à un résultat satisfaisant. Je n’arrivais que rarement à mes buts. Je faisais tellement plus de mal que de bien. Je punissais tellement plus que je n’aidais. Mon âme en souffrait plus que je ne voulais l’avouer. Je ne voulais pas me dire que je me battais souvent dans du vide plutôt que dans du concret. Plus contre un ennemi invisible que contre une véritable personne. Et quand bien même j’avais un adversaire que je jugeais juste de combattre pour changer les choses, je finissais par le tuer pour ne pas être découvert. Mais lui aussi devait avoir de la famille. Lui aussi devait avoir des amis. Des gens qui le pleureront. Des gens qui s’alimenteront d’une haine nouvelle envers les Katharsis sur qui j’aurai reporté la faute. Et au final, je n’aidais pas vraiment. Je créais plus de désastre qu’autre chose. Le bien, je ne le côtoyais que peu. Je connaissais pourtant si bien son antithèse le mal. J’en avais tellement vu un panel de nuance que je pourrais les décrire. Mais, je ne connaissais que les grandes couleurs du bien. Rien de plus. Rien de moins. Parfois, j’étais fatigué de me battre. Aujourd’hui faisait partit d’un de ces jours. Ces jours où j’avais simplement envie de baisser les bras. Un de ces jours où je voulais juste tout abandonner. Laisser mon âme en paix en la mettant dans un coin de mon être. Parfois, être comme Miran me semblait une solution parfaite. Simple mais idéal. Je n’aurai plus besoin de me poser de questions. D’autres personnes se les poseraient à ma place. Mais, j’avais cette culpabilité qui s’accrochait à moi et qui me criait de ne pas la laisser. De continuer d’avoir des valeurs, d’avoir une raison, d’avoir des buts. Et bien souvent je l’écoutais. Au détriment de ma santé mentale. Au détriment de mes nuits. Au détriment de mon repos. Parfois, j’étais heureux de rechercher constamment mon frère, cela me permettait d’oublier les atrocités que j’avais commises. Parfois, cela me permettait juste de tout oublier. Je ne pensais qu’à sa recherche et à sa protection. Je ne pensais à rien d’autre. Ni au bien que je pouvais faire. Ni au mal que j’avais fait.

Peut-être un jour, il n’y aura plus ce système de caste. Miran avait raison. Peut-être qu’un jour, on sera libéré de ces chaines qui nous entravait. De ces chaines qui nous empêchaient d’agir et de bouger librement. Peut-être qu’un jour, on sera libre de prendre nos choix. De faire notre propre chemin. Mais à chaque fois que j’y pense, je ne m’y vois pas. Je m’imagine mort. Mort depuis longtemps. Bien avant d’avoir vu la fin des combats. Et je ne me vois pas mourir de vieillesse. Je ne m’imagine même pas vieux. Je n’imagine rien de tout ça. Je me vois juste mort. Mort par la main d’un Katharsis réclamant vengeance ou cherchant à faire tomber le gouvernement. Je me suis toujours dit que j’allais mourir jeune. J’ai déjà du mal à m’imaginer en vie après mes trente ans. Et je doute que d’ici là, le gouvernement sera tombé. Et encore, s’il tombe, comment seront traités les Aegis servant dans l’armée ? Ces traites qui ont déjà tué ? Ceux qui se sont battus contre les rebelles qui auront libérés le pays ? JE doute que l’on soit simplement « libre ». Peut-être pour certains. Certains qui pourront prouvé qu’ils n’avaient pas le choix. Certains qui pourront prouvé qu’on leur avait lavé le cerveau. Mais là encore, je ne savais où me placer. Et je ne savais pas comment Miran se définira. Comme une personne manipulée ? Ou comme une personne consciente de ses actes ? Mais, les libérateurs auront-ils l’indulgence de nous pardonner ? J’en doute. La colère, la haine et la soif de justice nous tueront sans doute. Alors, je ne pense pas qu’un jour j’aurai l’occasion de voir que mon combat aura porté ses fruits.

« Peut-être. »

Ce fut ma seule réponse. Je n’avais pas l’envie de déballer mes sentiments. Miran avait subit bien pire que moi par le passé. Des choses qui avaient brisées son âme. Et me plaindre face à une personne comme ça me semblait démesuré. Je ne pouvais pas. Je pouvais baisser les bras, mais je ne pouvais pas réclamer plus. Je l’entends me dire de ne pas me décourager et je lui souris doucement. Tirant sur mes lèvres déchirées par les coups. Je ne cesserais d’agir comme je le fais. Je n’en aurai pas la force. Pas la force de détourner un regard pendant que d’autres soldats exécutent un enfant. Pas la force de lever la voix pour signaler la présence d’un mutant caché dans un sous-sol ou un grenier. Pas la force d’attraper un mutant lorsque l’ordre ne m’en était pas donné. Je serai incapable de faire tout cela. Même avec une âme brisée. Et même si mon âme se brise, ce sera juste ma fin. Je crois que je serai juste incapable d’agir. Je deviendrai une simple coquille vide, aveugle et sourde. Je ne serai plus rien. Même pas un homme. Même pas un mutant. Je serai juste l’ombre d’une personne vivante. Le jour où je perdrais mes esprits, je baisserai les bras définitivement. Et seule la mort sera ma délivrance. Dans d’autres sociétés, ces personnes brisées sont placées dans des hôpitaux psychiatriques, ici, je pense que je serai envoyé dans un laboratoire. Mais qu’importe, mon âme ne sera plus là pour crier. Relevant les yeux vers Miran, je l’observe silencieusement.

« Je n’abandonnerai pas. Ni mes buts ni toi. »

Elle était comme une petite sœur. Une personne que l’on veut protéger. La différence étant que l’on n’avait pas grandit ensemble, que l’on ne vivait pas sous le même toit et que jamais je ne pourrai la ramener chez moi pour la protéger. Elle était une petite sœur et la seule chose que je pouvais faire pour elle, c’était la secouer et la disputer dès que je le jugeais nécessaire. Soudain, un bruit de pas résonna dans le couloir qui menait à notre cellule et ma main se détacha automatiquement de celle de Miran. Les liens affectifs n’étaient pas bien vus. Cela montrait que l’on avait encore une âme. Et que l’on pouvait être moins obéissance. Je me suis décalé un peu plus loin d’elle en lui souriant avant de lui tourner le dos. Peut-être que les pas ne s’arrêteront pas pour nous. Mais s’ils le faisaient, il fallait montrer patte blanche. Et j’avais assez blessé Miran aujourd’hui.
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Dim 10 Mar - 14:12

Peut-être était-ce pour cela aussi que Miran ne parvenait pas à se rebeller et qu'Aki, lui, ne vivait que comme ça. Il fallait avoir une raison pour se battre, mais surtout, il fallait croire en un avenir meilleur. Quand Miran songeait à l'avenir, elle ne voyait rien de différent d'aujourd'hui. Elle voyait la même société, la même violence, les mêmes hommes au pouvoir, les mêmes soldats se servant des Aegis comme des armes et les mêmes Katharsis se battant avec violence contre le système. Elle ne voyait aucune issue possible, aucune raison pour que cela change. Elle resterait une Aegis au service des Lachesis et de l'armée, et elle mourrait peut-être en mission, ou entre les mains de l'armée le jour où ils l'auraient trop malmenée et que son corps lâcherait. Peut-être qu'elle vivrait encore des décennies. Tout ça lui était égal. Tout ce qu'elle imaginait pour l'avenir, c'était la vie telle qu'elle était actuellement. Alors à quoi bon ? Mais Aki ne devait pas voir les mêmes choses que lui. Il regardait peut-être l'avenir de la même façon qu'elle, mais il voyait des choses différentes, qui lui donnaient des raisons et l'envie de se battre. C'était peut-être une simple question de perspective. Ou peut-être qu'il savait des choses que Miran ignorait. Ou peut-être simplement était-ce une question de tempérament. Même si la jeune femme trouvait étrange qu'une vision des choses puissent changer simplement selon l'humeur d'une personne. En restant raisonnable et pragmatique, elle savait qu'elle avait raison. Il y avait plus de chance pour que l'avenir ne change pas de ce que le présent était aujourd'hui et que le futur pour lequel se battait Aki était improbable. Sa vision à elle était la plus probable. Celle d'Aki était hypothétique, lointaine. Inaccessible. En conséquence de quoi, Miran ne se fatiguait pas à espérer quoi que ce soit et encore moins à se battre, et paradoxalement, Aki se révoltait pour un avenir qui n'avait quasiment aucune chance de se concrétiser. Pour Miran, c'était un combat perdu d'avance, mais égoïstement, elle souhaitait qu'il continue quand même. Pas parce qu'elle espérait qu'il ait raison et qu'un jour, les choses s'arrangeraient. Simplement pour des raisons personnelles, parce que quand il se battait, il ne désespérait pas. Et elle n'aimait pas le voir se décourager.

Et finalement, en une simple phrase, il la rassura sur ce sujet. Il n'abandonnerait pas, ni son but, ni elle. Cela voulait dire beaucoup d'ordres auxquels il allait désobéir, beaucoup de débats animés entre eux, parfois même des disputes, enfin, à sens unique. Beaucoup de passages dans les cellules de l'armée, aussi. Mais tout cela, c'était ce que voulait Miran. C'était le quotidien, c'était ainsi que les choses devaient être avec Aki et elle ne voulait pas que cela change. Cela faisait partie des choses immuables de sa vie, à laquelle elle pouvait se raccrocher. Miran ferma les yeux, rassurée, puis un bruit de pas dans le couloir devant leur cellule la fit se raidir. Elle sentit la main d'Aki s'arracher à la sienne, et elle même se retourna brutalement sur l'autre flanc, tournant le dos à son ami et se recroquevillant en position fœtale. Ce mouvement brusque fit exploser des éclairs de douleur dans tout son corps et sa tête et elle sentit la nausée l'envahir, mais elle se força à respirer calmement et à garder les yeux fermés. Les pas s'approchèrent, et elle pria pour qu'ils passent leur chemin, mais non, il s'interrompirent devant la porte de leur prison, puis le bruit caractéristique d'une carte magnétique passée dans la serrure et celle-ci se déverrouillant retentit. Elle serra un peu plus les paupières, assaillies d'images du passé, ces secondes terrifiantes quand les scientifiques arpentaient les couloirs des cellules en parlant entre eux de quel cobaye serait le plus utile pour leur prochaine expérience, ces secondes angoissantes où elle priait pour qu'ils prennent quelqu'un d'autre, n'importe qui mais pas elle.

Elle entendit quelqu'un entrer, au moins deux personnes. Ils venaient probablement les sortir de là et les renvoyer chez eux. Mais n'était-ce pas un peu tôt ? D'habitude, ils les faisaient attendre toute une nuit et toute une journée, sans boire ni manger, pour bien qu'ils retiennent la leçon. En tout cas, Miran ne se sentait pas de se lever et de partir, là, tout de suite. Puis elle entendit une voix claquer dans le silence.

« Encore lui ? »

Miran reconnut la voix d'un haut-gradé de l'armée, à qui on avait dû reporter l'incident et qui venait vérifier par lui-même l'identité des fauteurs de troubles. Ce "encore lui" était bien sûr directement adressé à Aki. Miran sentit les battements de son cœur accélérer. Voilà pourquoi elle disait toujours à Aki de faire attention, de moins s'opposer à l'armée. Qui sait quand viendrait le jour où il franchirait une limite, où il se révolterait une fois de trop, et où l'armée déciderait qu'il leur apportait plus de problèmes qu'il n'en résolvait ? Peut-être même ce jour était-il venu. Le gradé pouvait décider de se débarrasser d'Aki une bonne fois pour toute. La puissance et la rareté de son pouvoir ne le sauveraient peut-être pas, cette fois.

« Et l'autre, qui est-ce ? »

L'autre, c'était elle. Qui attirait rarement l'attention. Que tout le monde oubliait. Elle sentit soudain une main la saisir par les cheveux et tirer, la forçant à se remettre debout. Ce passage de la station allongée à debout lui arracha un gémissement et son champ de vision s'obscurcit. Elle crut qu'elle allait s'évanouir, ce qui n'aurait pas été plus mal tant elle avait peur, une peur glaciale, comme des pics de métal qui se seraient enfoncés dans son ventre. Le soldat annonça son nom et son matricule au gradé, qui la regarda d'un air blasé. Si le soldat l'avait lâchée, elle se serait écroulée par terre. Elle baissa les yeux en une attitude soumise, et peu importait l'humiliation, la honte, la façon dont ils lui arrachaient sa dignité d'être humain et de femme en la traitant ainsi, elle était prête à tout pour qu'ils lui pardonnent et la laissent tranquille. Le gradé lui prit le visage entre ses doigts, l'observant comme si elle n'était qu'un genre d'animal, tandis que le soldat lui expliquait la nature de son pouvoir, comme si ça n'était que cela qui pouvait la sauver. Puis il la lâcha et lui asséna un gifle, puis une deuxième sur la même joue, et le soldat la lâcha au même moment. Elle rebondit contre le mur et glissa au sol comme une poupée cassée, mais ne fit pas un bruit, se contenta de garder les yeux baissés. Ne pas attirer plus leur attention. Rester soumise. Se faire pardonner.

Et surtout, pitié, qu'Aki ne dise rien, ne fasse rien. Elle avait trop peur qu'il se révolte encore une fois, une fois de trop, une dernière fois. Il fallait subir, il fallait endurer et subir, il n'y avait que comme cela qu'ils pourraient s'en sortir. Parce que s'il ouvrait la bouche, s'il faisait le moindre geste, il serait sûrement condamné. D'ailleurs, c'était peut-être même cela que ces types cherchaient à faire.
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Shin Aki
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Mer 13 Mar - 21:43

Je crois que j’ai fermé les yeux plus que pour échapper à la réalité qui tapait du pied sur le sol. Comme pour me rappeler sa présence et où j’étais. L’espace de quelques minutes ou heures, je ne saurai le dire, j’avais cru qu’il n’y avait que nous. Elle et moi. Plus qu’une cellule, c’était devenu l’endroit où nous pouvions confier nos inquiétudes et nos pensées. Laisser nos lèvres libérer cette vérité qui nous tiraillait le cœur et l’esprit. Je voulais lui dire mes excuses pour les conséquences de nos actes. Je voulais lui dire que je ne changerai sans doute jamais. Je voulais l’entendre me parler. Je voulais l’entendre se confier. Je voulais juste la voir vivre. Et mes prières furent plus qu’entendues. Plus que des mots et des expressions, j’ai vu ses larmes et sa peine. J’ai vu ses faiblesses plus qu’aucun autre Aegis. J’aurai pu en être fier. Fier qu’elle le fasse devant moi. Mais je ne l’étais pas. Car aucun de nous ne souhaitait voir les faiblesses de l’autre. C’était comme se rappeler qu’on était qu’humain. Comme se rappeler que l’on n’était pas invisible et que l’on pouvait craquer. Et cela jusqu’à quand ? Le fait d’être dans l’inconnu était effrayant. Terrifiant. Cette pièce était comme un arrêt dans le temps qui nous protégeait du futur et donc de l’inconnu. Mais le rythme régulier sur le sol qui s’arrêta face à notre cage me tira de cette protection éphémère. Le grincement de la porte me fit fermer les yeux un peu plus fort. Ce n’était pas tant la peur qui me faisait agir mais la fin de mon illusion qui me guidait mes actes. Comme lorsque l’on est tiré d’un rêve. On voudrait pouvoir refermer les yeux et reprendre là où l’on s’était arrêté. Mais plus je fermais, plus la réalité frappait mes oreilles.

Il y avait ces voix remplies d’une haine qui ne devait pas leur être destiné. Ces voix remplis d’un sentiment de supériorité qui ne devrait pas exister. Ces voix remplies d’une cruauté sans nom. Cette voix parlait clairement de moi. « Encore lui ». Oui, encore moi. Moi qui avais toujours défier à ma façon les ordres que l’on m’avait donnés. Moi que l’on avait remis en place. Moi qui avait toujours été protégé par mon père. Moi qui fut envoyé dans ces cellules par mon propre père. Oui, j’étais là à nouveau. Mais je n’avais pas honte. Je n’étais pas en train de me cacher. Je voulais juste me faire petit. Assez invisible pour qu’ils se retournent et qu’ils nous laissent encore en paix. Juste le temps de récupérer encore de l’énergie. Aucun de nous deux n’étaient capables de tenir sur ses jambes. Aucun de nous deux n’étaient de faire un pas. J’avais assez posé de problème pour les dernières heures. Je ne voulais pas en faire plus. Mon père ne sera pas là pour leur dire ô combien ils n’auraient pas dû toucher son fils. Mon père ne sera pas là pour leur dire que la punition fut trop dure. Mon père ne sera pas là pour moi. Et cela parce qu’il était mort. Alors ma mâchoire se sert tout comme mes poings et mes paupières. Je garde mes répliques tranchantes et la colère qu’il me reste au fond de la gorge. J’emprisonne tout sentiment de rébellion et je simule l’inconscience.

Pourtant, j’entends les voix qui résonnent une nouvelle fois dans la pièce. La voix demande l’identité de la seconde personne couchée ici. Miran. Un silence suivit avant qu’un gémissement s’échappe bien involontairement de mon amie. Et ce gémissement n’était pas positif. Il y avait une trace de douleur derrière. J’aurai voulu me retourner, utiliser mon pouvoir pour les engloutir tous. J’aurai voulu lever la main et les faires disparaître dans des craquements d’os horribles et sadiques. J’aurai voulu les éliminer avec lenteur et déraison. Juste pour qu’ils se retrouvent à notre place. À la place de ceux qui souffrent sans aucune véritable raison. J’aurai voulu leur faire connaître le même sentiment d’injustice et d’impuissance. Juste les faire souffrir. Mais il fallait se retenir. Il fallait garder les mains et les lèvres serrées. Ils partiront. Sans rien faire. Ils partiront. Après s’être amusé. Et ça, je le savais. Je l’avais déjà vu. Des haut gradés ou de simples gardes qui viennent relâcher colère et pression sur les Aegis désobéissants. Cela leur permettaient de se sentir à nouveau supérieur et de se soulager. Alors, quand le bruit d’un claquement contre la peau se fit entendre, je ne fus guère surpris. Mais le problème était là : ce n’était pas moi qui était frappé. Pourtant, tout en serrant un peu plus les dents et en fermant les yeux, j’ai tenté de retenir ma colère et ma haine. Mais un deuxième bruit distinct se fit entendre. Et ma colère se diffusa dans mes veines tout en amenant l’adrénaline avec elle. Me donnant le sentiment de ne plus avoir mal, de ne plus souffrir. Mes yeux s’ouvrirent d’une seule fois et mon corps se retourna. À temps pour voir le corps de Miran glisser contre le mur. À temps pour voir son visage soumis et résigné. À temps pour laisser ma colère l’emporter.

« Fous. »

Ce simple mot fut soufflé comme un murmure. Et je doute qu’ils m’aient entendu. Mais, tout en me mettant miraculeusement sur mes jambes, j’ai sentis mes mains s’agripper sur celui qui venait de gifler Miran par deux fois. L’attrapant par les épaules, mon regard se planta dans le sien. J’ai vu son regard surpris et son manque de réaction. Et j’en ai profité pour le pousser durement et férocement vers la porte. Le second s’écarta sur la surprise et me laissa écraser l’autre contre la porte. Laissant un bruit sourd résonner dans la pièce. L’homme releva un visage énervé vers moi alors que la haine dans mes yeux ne désirait que sa mort. Je mettais toute ma volonté pour me retenir de le frapper. De lui cogner le visage. De le frapper jusqu’à ce que ma satisfaction soit faite. Et le peu d’adrénaline que j’avais retomba lentement. Je pouvais sentir mes jambes trembler sous mon poids. L’homme agrippa mes épaules pour changer nos situations. Et ce fut moi qui me retrouva plaquer contre le mur. À la différence que lui tenait une de ses mains autours de me cou. S’amusant à augmenter la pression pour me priver de l’oxygène qui me permettait de vivre. Il se mit à rire. De ces rires qui se sentent si fier. Et lorsque je vis la palme de sa main s’approcher de mon visage, j’ai compris. Alors j’ai fermé les yeux en même temps qu’il saisissait mes cheveux pour tirer ma tête vers lui et mieux l’écraser contre le mur. M’assommant suffisamment pour que la seule chose qui me tienne debout soit sa main enroulée autour de mon cou.

« Tu as la chances d’être utile Aki. »

Sous entendu que si ce n’était pas le cas, il aurait terminé ma vie en terminant d’écraser ma tête contre le mur jusqu’à ma fin. Il serra une dernière fois sa main autour de mon coup pour me faire souffrir avant de me relâcher. Mais contrairement à Miran, mon corps ne glissa pas contre le mur. Il tomba en avant pour épouser le sol. La fatigue, la douleur et la tête nouvellement blessée avaient finis de m’achever. Et les rires qui résonnaient dans la pièce firent grandir ma colère et mon désir de rébellion.
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Yoon Mi Ran
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Jeu 14 Mar - 19:43

Quelques gifles, finalement, ce n'était pas grand-chose. Une douleur vive, mais passagère. Le goût métallique du sang dans la bouche. Le vertige devant la violence des coups mais aussi de ce qu'ils impliquaient : frapper quelqu'un c'est assurer sur lui sa domination et faire la preuve que le quelqu'un en question n'est rien. Mais tout cela, ce n'était pas grand-chose pour Miran. Non, la chose qu'elle craignait c'était que ces quelques coups ne relance une série d'autres coups. Elle pensait qu'ils en avaient terminé avec eux, qu'Aki et elle allait pouvoir sortir d'ici et rentrer chez eux. Et elle était terrifiée à l'idée que ce n'était qu'un répis, qu'en vérité ils étaient là pour les emmener et les torturer à nouveau. Avachie contre son mur, les yeux baissés, elle ne bougea pas, ni fit pas un bruit. Ne pas attirer leur attention plus que nécessaire. Leur montrer sa soumission. Et peut-être alors n'iraient-ils pas plus loin. Comme souvent dans ces moments-là, elle trouva refuge dans le seul endroit calme qu'elle connaissait : son esprit. Même si elle y était rarement seule et même si, avec les années et à force d'utiliser son don, il n'en restait plus grand-chose. Mais c'était exactement ce qu'il lui fallait. Une petite boîte sans rien, où elle pouvait se réfugier et tomber ainsi dans une apathie délicieuse. C'était illusoire bien sûr. Dans ces moments où ils mettaient son corps au supplice de toutes les façons possibles, elle arrivait parfois à se couper du monde extérieur, mais parfois, une doulour plus forte ou différente des autres l'arrachait à son havre de paix intérieure et la rejetait brutalement dans la réalité.

Mais cette fois, ce ne fut pas la douleur qui la tira de son apathie, mais le son de la voix d'Aki. Pourtant il n'avait pas parlé très fort, et il n'avait lâché qu'un mot. Mais c'était comme si la prison s'était effondrée sur sa tête. Parce que plus qu'un mot, c'était ce qu'il signifiait : encore une fois, Aki n'avait pas pu se taire. Encore une fois, il s'opposait aux ordres. Miran reprit pieds avec la réalité et croisa le regard de son ami avant que le gradé ne se saisisse de lui pour le remettre debout. Elle savait ce qui allait arriver, même si parfois, les choses allaient encore plus loin que prévu. Mais, pire que tout, elle ramena ses jambes sous son menton et les entoura de ses bras, enfouissant son visage entre ses genoux. Parce qu'elle ne pouvait pas, elle. Elle ne pouvait pas dire quoi que ce soit, ni faire quoi que ce soit. Elle entendit les mots, les coups, sut exactement ce qu'il se passait, mais ne bougea pas, statufiée, les yeux grands ouverts et le front appuyés sur ses genoux. On y était, donc. Elle ne pouvait pas, elle, se lever et défendre Aki. Et pas parce que tels étaient les ordres, que les Aegis ne devaient pas se rebeller contre leurs maître. Non, la seule chose qui l'empêchait de bouger, de protester, c'était la peur. Ce n'était pas une nouveauté pour elle, elle avait conscience que des années et des années de dressage militaire avaient porté leurs fruits chez elle, que comme un animal, elle craignait la douleur et appréciait les récompenses de ses maîtres, et qu'elle y avait gagné ainsi des automatismes. Ne pas bouger. Ne rien dire. Attendre que ça passe.

Puis elle entendit un choc plus sourd que les autres et releva la tête. Aki était là, devant elle, face contre terre, et il ne bougeait plus. Un des deux hommes parla, elle ne comprit pas ce qu'il disait, trop occupée à fixer ce corps inerte. Puis le gradé sortit de la cellule. Le soldat s'accroupit devant elle et glissa deux doigts dans une mèche de ses cheveux avant de souffler :

« Je reviendrai te voir tout à l'heure. »

Miran ne réagit pas, pas plus que quand il se leva et donna un dernier coup de pied dans les côtes d'Aki avant de sortir. Aki ne bougea pas. Miran non plus. Et le bruit de la porte qui se refermait et de la cellule qui se verrouillait retentit comme une explosion dans la prison. Puis il n'y eut plus que le bruit d'une respiration hachée - et elle s'aperçut que c'était la sienne. Roulée en boule contre le mur, respirant trop vite et trop fort, les yeux écarquillés, elle fixait Aki et attendait qu'il dise ou fasse quelque chose. Mais il ne bougeait pas. Et il ne disait rien.

Elle aurait dû tuer l'enfant.

Cela la frappa d'un coup, aussi violemment que les gifles du militaire tout à l'heure. Elle ne pouvait plus penser à toutes les bonnes raisons d'Aki, à ses propres doutes à elle, à ces paroles qu'ils avaient échangées. Après ce qu'il venait de se passer, elle ne pouvait plus penser qu'à une chose : elle aurait dû tuer l'enfant. Ils seraient chez eux, à cette heure, ils n'auraient eu aucun problème. Aki la détesterait peut-être, mais c'était mieux que le savoir mort. La prochaine fois, elle n'hésiterait pas, et elle ne l'écouterait pas. Elle ferait exactement ce qu'on attendait d'elle, ce pour quoi elle existait et elle vivait, survivait même.

Elle finit par se décoller de son mur et se traîna jusqu'à Aki. Elle posa une main sur son dos et vit qu'il se soulevait et s'abaissait doucement. Il respirait. Il était vivant. Elle retira lentement sa veste d'uniforme froissée. Elle n'osait pas le bouger ni même le retourner, alors elle glissa sa veste sous son visage, pour que sa joue ne reste pas en contact avec le froid. En débardeur noir, elle s'allongea de nouveau à côté de lui. Sur ses bras nus, ses cicatrices. Chaque Aegis avait les siennes. Miran n'était pas une guerrière, elle n'allait pas souvent au front pour se battre, donc son corps était épargné et elle était rarement blessée. En mission. Non, toutes ses cicatrices, elle les avait gagnées ici, infligées par ceux censés être du même camp qu'elle. A part quelques marques anciennes de cigarettes, petits ronds pâles presque effacés par le temps, sa peau avait été épargnée, si ce n'étaient les petits bourrelets de chair au creux de ses coudes, là où les aiguilles s'étaient enfoncées encore et encore pendant des années. Elle tourna la tête vers Aki, dont tout le corps semblait n'être qu'une seule blessure.

Que dire pour lui ? Cette situation était la preuve que sa façon de faire, même si elle était louable, n'amenait que des conséquences négatives. Alors elle se tut.
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MessageSujet: Re: Please, forgive us our mistakes [Shin Aki] Mar 23 Avr - 16:11

Le temps me paraissait long. Incroyablement long. Mon esprit, comme ceux de bien d’autres, à cette fâcheuse manie de toujours ralentir l’impression que j’ai du temps lorsque je ne m’amuse pas et de l’étirer lorsque je passe un mauvais moment. Et ici, c’était presque l’enfer. Moins que dans la salle de torture. Moins que lorsque ma chaire s’est faite lentement découper et que mon sang a donné une nouvelle couleur au sol. Mais ce n’était pas le paradis pour autant. C’était une sorte d’attente interminable et maladive. Ces salles sont des lieux de repos après une torture mais également, peut-être, les derniers murs que nos yeux auront la chance de voir. Et cette idée me rend malade. Le fait de n’avoir aucun choix. Aucune possibilité de fuir, de courir, de se relever véritablement pour affronter réellement les actions que nous jugeons mauvaises. Mais ici, il n’y a plus aucun concept de bon ou de mauvais. Il y a juste notre vie ou notre mort. Et dans n’importe quel esprit humain, le choix est rapidement fait. Qui ne choisirai pas de vivre ? Même dans d’atroces souffrances psychologiques et physiques ? Je ne renoncerai pas à ma vie pour quelques fous et abrutis qui se pensent suffisamment intelligent et supérieur pour nous dicter leurs lois. J’en suis la foutue preuve vivante que leur système se rouille et ne marche pas complètement. J’avais beau être leur chien de garde quelques années auparavant, je n’en suis pas moins un traitre inconnu. À leurs yeux, je suis encore le gentil et utile petit Aki. Le petit Aki qui sort un peu du droit chemin mais qui n’a qu’une grande gueule. Et qu’est-ce que je me fou de ce que l’on pense et voit de moi. Je ne suis qu’un Aegis après tout. Un simple mutant qui se démène à sa manière pour vivre une vie qui lui semble juste.

Je sens les derniers coups contre ma chaire et mon corps. Je sens ma peau hurler de douleur. Ce dernier coup dans mes côtes. Une dernière trace sur mon corps. Mais je n’ai pas réagis. Je suis peut-être fou mais pas stupide et je ne souhaite pas ma mort. De toute manière, je ne serai pas en état de bouger. Je ne serai pas en état de répliquer. Et une autre parole n’engendrerait que d’autres coups. La porte se ferme. Comme la sonnerie qui annonce la fin de la torture imprévue. Je me surprends à entendre un soupir sortir de mes lèvres. Un soupir de soulagement. Alors, je ferme les yeux et je respire lentement. Mon souffle faisant voler la poussière et la saleté sur le sol. Les particules dansent devant mes yeux et je sais que je les respire inévitablement. Mais ma tête n’est pas en état de bouger. Elle n’est pas en état de contrôler mon corps. Encore heureux que je sois en état de penser et que je n’ai pas sombré dans le monde des rêves. Pourtant, même si mon cerveau aurait la possibilité de me faire bouger, je ne le ferai pas. La douleur deviendrait insoutenable. Son dernier coup a rouvert mes plaies sur mon tronc. Je le sais. Je le sens. C’est la douleur qui me l’annonce, mais aussi cette sensation d’humidité nouvelle sur mon tee-shirt. Je ne me vidais pas de mon sang, sinon une flaque serait déjà visible, mais je pouvais sentir mon haut devenir de plus en plus trempé. Cela passera avec le temps. Juste l’espace de quelques heures pour le saignement et de quelques jours pour la guérison.

Du coin de l’œil, je vis la silhouette de Miran se déplacer et je la suivis lentement. Mes yeux cachés sous mes cheveux n’étaient peut-être pas visibles. J’avais moi-même du mal à observer les alentours à cause de ça. Je sentis sa main sur mon dos et mes yeux se fermèrent dans un automatise étrange. De peur ? De soulagement ? Je ne saurai pas le dire. Je ne saurai pas dire si mon corps craignait cette main à cause du traumatisme des heures passées ou parce que la douceur dont elle faisait preuve pouvait être rassurante. Miran retira finalement sa main et je sentis autre chose entrer en contact avec ma peau. Elle pose ma tête sur quelque chose. Et quand je lève les yeux vers elle, je devine que c’est sa veste car elle ne la porte plus. Mes yeux suivent silencieusement ses mouvements. La manière dont elle s’allonge à mes côtés. On aurait pu commencer une conversation ou un débat. On aurait pu se plaindre ou geindre de notre malheur. Mais lorsque le malheur devient une habitude, il n’a plus lieu de râler ou d’en parler. C’est une étape à passer déjà connue. Un peu plus ou un peu moins douloureuse en fonction des punitions. Mais il n’y a plus rien à se dire. Il suffit d’observer Miran pour comprendre. Comprendre que la parole est bien futile dans ce genre de situation. Lui demander comment elle va ? Même si une bonne partie de son corps est épargné, il ne faut pas en oublier l’esprit pour autant. Son esprit, comment va-t-il ? Hey, Miran, comment tu te sens dans ta tête ? Ce n’est pas le genre de question qu’on se pose et ce n’est pas le genre de question auquel on aime répondre. On en connaît la réponse avant même de songer à la question. Ici, personne ne peut aller bien. Car même si cela est devenu une normalité, elle n’en est pas devenue pour autant facile à vivre.

Lentement. Affreusement lentement, je déplace mon bras et ma main vers elle. Avec une sureté qui me protègera d’une douleur inutile et d’un gémissement que je ne veux pas lui montrer. Tremblant et sanglant, mon bras s’approche d’elle et lui touche l’avant bras. Mes yeux se bloquent dans les siens un instant. Entre mes cheveux sales et le sang séché qui les collent, je lui donne la seule chose que je peux en ce moment. Un simple sourire. Un sourire qui semblerait ne vouloir rien dire mais qui veut en dire le plus possible. Un sourire qui veut dire ‘je vais bien’. Un sourire qui veut dire que tout ira mieux après. Un sourire qui veut dire d’attendre encore un peu. Juste un foutu sourire. C’est tout ce que je suis capable de faire et de donner à des personnes comme Miran. C’est tout ce que je suis capable de lui apporter en ce moment. Mais même si la situation semble affreusement pathétique, j’espère que ce sourire lui réchauffera un peu le cœur. C’est tout ce que je souhaite. Du réconfort dans cette pièce de désespoir.
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